Le Funk en France : Une Histoire de Sueur, de Groove et de Putain de Rébellion
Le Funk en France : Une Histoire de Sueur, de Groove et de Putain de Rébellion
Salut toi, ami mélomane aux oreilles affûtées et au cœur qui bat la chamade dès que la basse frôle les 80 bpm.
Assieds-toi, prends un verre (de vin rouge ou de pastis, au choix), et laisse-moi te raconter l’histoire du funk en France.
Pas celle des manuels, non—celle qui sent la transpi, le cuir usé des clubs pourris des années 70, et cette putain d’audace qui a fait trembler les fondations d’un pays coincé entre Charles Aznavour et les compils de variétés pourries.
1. Les Prémices : Quand la France a Découvert que le Cul, Ça Bougeait
Le funk, c’est comme une bonne baguette : ça vient d’ailleurs, mais les Français l’ont fait, parfois en le ratant, souvent en l’améliorant.
Tout commence à la fin des années 60, début 70, quand les GI’s noirs américains, stationnés en Europe pendant la guerre froide, débarquent avec dans leurs valises des 45 tours de James Brown.
Les mecs avaient la soul dans le sang, et les Français, eux, avaient surtout le biniou et les chansons à texte.
Mais merde, quand t’entends “Sex Machine” pour la première fois, même avec une moustache de gaulois et des chaussettes dans des sandales, t’as qu’une envie : te déhancher comme si ta colonne vertébrale était en caoutchouc.
Les premiers à comprendre le potentiel, ce sont les jazzmen.
Des gars comme Jef Gilson ou Jean-Luc Ponty (avant qu’il ne parte faire des trucs chiants aux States) ont commencé à mélanger le free jazz avec des rythmes syncopés, des cuivres qui hurlent et des basses qui cognent comme un marteau-piqueur dans une église.
Puis il y a eu Magma, ces fous furieux qui ont inventé le “zeuhl”, un truc entre le jazz, le rock progressif et le funk mais en plus compliqué, comme si tu demandais à un Alsacien de danser la bourrée en calculant des équations.
Bref, c’était chaud, c’était bizarre, et ça sentait la révolution.
Mais le vrai déclic, c’est les clubs.
À Paris, le “Bus Palladium” (oui, ce trou à rats mythique près de Pigalle) devient le temple où les Blacks Americans, les Antillais et les banlieusards se retrouvent pour suer comme des porcs sur des morceaux importés.
Et puis, il y a eu “La Main Jaune”, un club où les mecs en costard-cravate côtoyaient les meufs en paillettes, le tout sur un fond sonore de Funkadelic et The Meters.
La France découvrait que la musique, ça pouvait aussi être sale, électrique, et bordélique et ça lui a plu.
2. L’Âge d’Or : Les Français se Mettent à Groover (et à Déranger)
Les années 70, c’est l’explosion.
Des groupes comme Cortez (avec leur tube “Trompe la Mort”, un hymne à la survie en boîte de nuit) ou Space (oui, ceux de “Magic Fly”, ce morceau qui sonne comme un voyage en fusée avec des lasers dans les couilles) ont compris une chose : le funk, c’est pas juste une musique, c’est une attitude.
Une manière de dire “j’emmerde les conventions” sans avoir à brûler des voitures.
Et puis, il y a eu Jacques “Chico” Bouchikhi, le guitariste marocain de Chico & the Gypsies, qui a injecté du funk manouche dans le sang de la musique française.
Imagine un peu : des riffs de guitare tziganes qui s’accrochent à des lignes de basse dignes de Bootsy Collins, le tout avec des paroles en argot.
C’était classe, c’était déjanté, et ça sentait la clope et le pastaga à trois kilomètres.
Mais le vrai génie, c’est Dee Nasty.
Ce DJ Parisien, avec un sens du rhythm’ à faire pâlir un New-Yorkais.
Et n’oublions pas les labels. Disques Vogue, Barclay, et même Pathé-Marconi (oui, les mecs qui pressaient du Johnny) ont sorti des 45 tours de funk français parfois nases, souvent géniaux.
“Righeira” avec “Vamos a la playa” ? Techniquement, c’est de l’italo-disco, mais bordel, ça groove.
“Ottawan” avec “D.I.S.C.O.” ?
Un tube planétaire, écrit par des Français, et qui a fait danser jusqu’aux grand-mères en Allemagne.
3. Le Funk à la Française : Quand on a Décidé de Faire Notre Sauce
Les années 80, c’est l’époque où la France se dit : “Et si on faisait notre propre funk, mais en plus classe ?”
Résultat : des groupes comme Chaka (pas la reine, l’autre) ou Gibson Brothers (avec “Cuba”, un morceau qui donne envie de danser même à un comptable en costard) ont cartonné. Mais le summum, c’est Touré Kunda.
Ces frères sénégalais installés en France ont mélangé le mbalax, le funk et la pop, et ont sorti des tubes comme “Sili” ou “Emma”.
C’était africain, c’était français, c’était universel—et ça claquait comme un coup de pied dans une porte de ministère.
Et puis, il y a eu les sound systems.
À Paris, Lyon, Marseille, des mecs comme DJ Dee Nasty (encore lui), Martin Solveig (avant qu’il ne devienne une star de l’EDM), ou Bobby (le roi des mixtapes) ont fait du funk un truc underground, mais ultra-influent.
Les boîtes comme “Le Palace” (où Grace Jones venait picoler) ou “Les Bains-Douches” (où tout le gratin parisien se défonçait) sont devenues des laboratoires à groove.
Mais attention, tout n’était pas rose.
Le funk français, c’était aussi “la teuf dans ton local de répét’ pourri”, avec des mecs qui jouaient de la basse avec trois cordes et un ampli qui grésillait.
C’était le “funk de merde”, mais c’était le nôtre.
4. Le Déclin (et la Résurrection) : Quand la France a Oublié ses Racines
Les années 90, c’est la grosse gueule de bois.
La house, la techno, et puis le hip-hop ont pris le relais.
Le funk, lui, est devenu ringard un truc pour vieux, comme les costumes en velours ou les moustaches en guidon de vélo.
Les compils “Funky Town” à 10 balles chez le marchand de journaux, les émissions radio qui passaient du “Best Of” des 70’s en boucle…
Bref, le funk français est devenu un truc pour nostalgiques, comme les vinyles rayés et les photos jaunies.
Mais parce qu’il y a toujours un “mais” le funk n’a jamais vraiment disparu.
Il s’est planqué dans les caves, les petits labels, les collections de DJs obsessionnels. Et puis, dans les années 2000, des mecs comme L’Impératrice, Jungle by Night, ou The Funk Hunters (OK, eux sont canadiens, mais on va faire semblant) ont remis le groove au goût du jour.
Même Daft Punk, avec “Random Access Memories”, ont rendu hommage à ce son chaud, organique, en invitant des légendes comme Nile Rodgers à jouer sur leurs morceaux.
Aujourd’hui, le funk en France, c’est un truc de niche, mais putain, quelle niche.
Des festivals comme “Funk You” à Bordeaux, des labels comme Favorite Recordings ou Papa Records qui ressortent des pépites oubliées, et une nouvelle génération de musiciens (comme June ou The Pirouettes) qui mélangent funk, disco et électro sans complexe.
5. Pourquoi le Funk Français, C’est Toujours une Affaire de Rébellion
Le funk, c’est pas juste une musique.
C’est une manière de dire “j’existe, je kiffe, et je m’en bats les couilles de ce que tu penses”.
En France, pays du “il faut souffrir pour être beau” et des “grandes écoles”, le funk a toujours été un doigt d’honneur poli.
Un moyen pour les blacks, les beurs, les meufs, les pédés, les ouviers et les artistes de se dire : “On est là, on est chauds, et on va vous faire danser même si vous avez des bâtons dans le cul.”
Alors oui, aujourd’hui, tu peux écouter du funk français en streaming, dans des playlists bien propres, avec un son remasterisé et tout.
Mais n’oublie pas d’où ça vient : des caves qui puent la bière, des vinyles rayés, des mecs qui jouaient jusqu’à l’aube parce qu’ils avaient rien d’autre à perdre.
Alors, la prochaine fois que t’entends un morceau de Cortez, de Dee Nasty, ou même de Daft Punk, rappelle-toi : ce son, c’est celui de la France qui ose. La France qui sue, qui rit, qui baise, et qui s’en fout.
Et maintenant, éteins ton téléphone, monte le son, et danse comme si ta vie en dépendait.
Parce que le funk, c’est pas fait pour être écouté—c’est fait pour être vécu.
PS : Si t’as aimé cet essai, va fouiller dans les bacs à vinyles de ton oncle, et remercie-moi plus tard.
Et si t’as pas d’oncle, va chez un disquaire car ils ont besoin de thune, et toi, tu as besoin de groove.
À plus, gros.


